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par | 19 Déc 2018

Pendant les semaines à venir, j’aimerai vous présenter la démarche qui m’a amené à proposer un nouveau format d’accompagnement que j’ai intitulé « L’expérience du corps ». Ce format est né durant les semaines du confinement, un temps qui m’a permis de repenser le sens profond de ma démarche thérapeutique.

Comment renouer avec la sagesse, l’intelligence et les ressources inouïes de notre corps ; et redécouvrir sa véritable nature par l’expérience ?

Notre corps est, en effet, une condition sine qua non de notre existence.

Dit comme ça, il devrait être notre priorité absolue. Or paradoxalement notre culture nous a coupé de lui et de son savoir intuitif ; si bien qu’il faille aujourd’hui réapprendre son langage pour être conscient de son infini potentiel.

En tant que thérapeute je reçois tous les jours des personnes qui se questionnent sur leur corps malade, meurtri, douloureux, fatigué… Mon travail est alors de les accompagner à reconnaitre les besoins fondamentaux qui se cachent derrière leurs maux pour y répondre avec leurs propres ressources.

La première étape sur ce chemin est de réapprendre ce qu’est un corps par l’expérience. C’est ce que je vous propose ces prochains jours.

Chaque semaine je vous présenterai une étape de ce processus :

1 : qu’est-ce qu’un corps ?

2 : le corps physique

3 : le corps émotionnel

4 : le corps mental

5 : le corps énergétique

6 : le corps spirituel

7 : comment mon accompagnement intègre ces dimensions ?

Ici, il s’agit plus de partager avec vous mon questionnement que de livrer des recettes. Que ce soit en tant que naturopathe, sonothérapeute, chorégraphe, anthropologue ou individu (!) la question de l’expérience du corps est au centre de ma vie depuis plusieurs décennies. Cela m’a permis de multiplier les points de vue sur le corps à la fois si commun et si insaisissable.

Mais ne me croyez pas sur parole ! Ces posts sont avant tout une invitation au partage d’expérience et de vécu, ce savoir incarné dont nous disposons tou.te.s.

QU’EST-CE QU’UN CORPS ?

Se poser cette question m’est apparu fondamental dans le contexte actuel de pandémie, qui a vu naitre un fort sentiment d’impuissance et de peur dans notre société. Quelles visions de notre corps et de la santé nous amènent à réagir de cette manière ? La maladie est-elle une fatalité ? Sommes-nous complétement démunis ?

Le fait est que nous vivons en Occident avec une vision du corps dépassée et qu’il est temps de changer de paradigme. Nous avons intégré la vision d’un corps séparé de l’esprit qui nous a été transmise depuis plusieurs siècles alors que tout nous invite à la remettre en question, y-compris la science. 

En effet, notre corps n’est pas une simple machine que nous réparons seul.e ou avec l’aide de bons « mécanicien.ne.s ». Il est à l’image de l’univers : multidimensionnel et puissant.

« Qu’est-ce qu’un corps ? » : en tant que thérapeute, je m’aperçois tous les jours à quel point la réponse de chacun.e à cette question a un impact déterminant sur sa santé. A ce stade, vous pourriez être tenté d’y répondre à votre manière en commentaire 😉

Cette semaine nous envisageons cette question sous l’angle de la philosophie, de la science, de l’anthropologie, des médecines et de l’expérience de notre quotidien. Rien que ça !

DESCARTES ET LE DUALISME 

Notre vision du corps et notre vision du monde sont inextricablement liées. Dans l’Occident moderne, la pensée cartésienne (dualiste) est encore aujourd’hui majoritaire.

Descartes et Newton sont souvent présentés comme les pères du « dualisme » moderne : une vision du monde qui sépare le corps (physique et prévisible) de l’esprit (métaphysique et spirituel).

A côté du dualisme, la philosophie « moniste », qui conçoit le corps et l’esprit comme inextricablement liés, ne s’est pas imposée.

Le dualisme a engendré une vision mécaniste du corps (le corps est une machine), entraînée à son tour par la mécanisation croissante du monde. La médecine devient peu à peu une technique qui ne cesse de se perfectionner et de repousser les limites de son intervention à mesure que les parties du corps-machine nous sont révélées par la science.

En Occident notre vision de l’être humain (et du corps) est restée inchangée depuis, même si la physique de Newton a depuis plusieurs décennies été révolutionnée par les découvertes de la physique quantique qui brouillent les frontières entre matière et conscience.

La technicisation du corps a donné naissance à un sentiment d’impuissance et de fatalité. Le corps est prévisible, perçu de manière statistique, héréditaire, quantifiable, transformable, interchangeable… il peut être opérable, hors service…

Un univers rassurant pour certain.e.s ou effrayant pour d’autres, mais cette vision correspond-t-elle vraiment à l’expérience que vous vous faites de votre corps au quotidien ?

Aujourd’hui le dualisme continue d’impacter notre vie et la relation que nous entretenons avec notre corps.

Se dissocier de son corps, nous amène à l’envisager comme une enveloppe charnelle embarrassante, synonyme de contraintes et de frustrations ; ou bien comme le trophée d’un ego surdimensionné. Tantôt on souhaite se débarrasser de ce symptôme, de cette émotion, de cet embonpoint…, tantôt on pare notre corps, on le maquille ou on le glorifie.

Le corps est devenu un objet entre des mains souvent maladroites et impatientes.

Pour l’anthropologue David Le Breton, le processus d’individuation de la société occidentale instrumentalise le corps pour qu’il devienne la vitrine de notre identité.

Dans « Le corps en trop » il explique comment nous sommes passés d’un corps qui détermine notre identité (un visage, une voix, des traits de famille…) à un corps assujetti à notre identité que l’on peut singulariser, transformer, reconstruire à l’envie.

Le corps devient-il un dé‐corps avec des apparences que l’on décline au fil des saisons ? Pour lui cette tyrannie de l’apparence et de l’identité nous entraîne dans une course sans fin qui nous épuise littéralement.

Paradoxalement alors que nous ne nous sommes sans doute jamais autant préoccupés de l’apparence de notre corps ; nous négligeons chaque jour d’avantage son langage (émotions, sensations, pensées, maladies…).

Au quotidien, notre expérience nous rappelle cependant que « notre condition humaine est une condition incarnée et qu’elle ne se conçoit pas en dehors du corps, donc en dehors des sens, en dehors des émotions, en dehors de tout ce qui nous fait corps. »

Habiter notre corps, en faire l’expérience nous inviterait donc à faire un pas de côté pour entreprendre un voyage intérieur en conscience à la redécouverte de nos sens.

LA VISION DU CORPS DE L’AYURVEDA

Contrairement à l’approche dualiste de la médecine allopathique, les médecines ancestrales ont une approche holistique ; c’est-à-dire qu’elles considèrent le corps, le mental et l’esprit comme les éléments d’un tout à la fois unifié et interdépendant.

On commence notre revue des médecines traditionnelles avec la médecine ayurvédique, issue de la tradition indienne, qui est considérée comme la plus ancienne médecine holistique du monde. Elle est la science sœur du yoga qui se consacre à équilibrer l’esprit par rapport au corps.

L’Ayurveda soutient le principe qu’il existe une intelligence dans la nature et donc dans le corps humain. Cette intelligence du vivant (Prana) s’organise à l’image de l’univers à partir de 5 éléments fondamentaux (air, eau, terre, feu, éther).

Chaque corps exprime une combinaison (constitution) unique de ces différents éléments (à partir de 3 combinaisons principales appelées les doshas : Vata, Pitta et Kapha).

Un équilibre dynamique entre ces éléments est nécessaire au bon fonctionnement du corps. Les déséquilibres entre les éléments sont influencés en particulier par les changements dans notre environnement.

Pour l’Ayurveda l’esprit et le corps sont inextricablement liés ; et rien n’a plus de pouvoir pour guérir et transformer le corps que l’esprit. La guérison s’apparente alors à un processus d’expansion de notre conscience, puis de l’extension de cet équilibre au corps. La santé mentale et émotionnelle sont ainsi intimement liées à la santé physique.

Puisque l’esprit et le corps sont inséparables, le corps est naturellement équilibré par la pratique de la méditation.

LA MÉDECINE TRADITIONNELLE CHINOISE

La médecine chinoise est née de la pensée taoïste il y a plus de 3 000 ans. C’est une approche holistique de l’homme dont tous les éléments de l’organisme sont intimement liés et interdépendants.

Pour la MTC le corps humain s’apparente à une représentation réduite de l’univers et suit les mêmes principes et mouvements que la nature. Le corps s’inscrit entre le Ciel et la Terre, il est un microcosme dans un macrocosme.

De la source créatrice (le Tao) naissent deux énergies le Yin (noir) et le Yang (blanc) qui engendrent neutralité et équilibre. Le Yin est égal au corps physique et matériel. Quant au Yang, il correspond à l’immatériel et l’énergie. L’équilibre entre le Yin et le Yang fluidifie la circulation de l’énergie vitale et procure la santé.

Yin et Yang sont interdépendantes, se transforment l’une dans l’autre, évoluent dans un cycle permanent de croissance et de décroissance. Ces lois s’appliquent à l’univers et à l’être humain.

Ces énergies évoluent dans un cycle de plusieurs phases. Par analogie et observation de la nature elles sont en lien avec 5 éléments : le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau. Ils sont directement liés avec les organes principaux du corps, respectivement le cœur, la rate, le foie, les poumons et les reins.

3 « trésors » soutiennent la vie humaine :

– son essence (Jing, énergie primordiale, transmise par les parents à la conception)

– son énergie (Qi, force vitale qui permet au corps de penser et de bouger)

– et son esprit (Shen, assimilé à l’ »esprit », « psyché » ou « âme », est une manifestation de la nature supérieure de l’être humain).

La MTC utilise cinq outils thérapeutiques : l’acupuncture, la diététique chinoise, la pharmacopée (plantes médicinales), le Qi Gong (exercices énergétiques) et les massages comme le Tui Na (énergisant et dynamisant). 

ENFIN, LA NATUROPATHIE

La naturopathie nait aux États-Unis à la fin du 19esiècle portée par des médecins qui prônent l’utilisation d’agents naturels. Dans les années 30 Pierre-Valentin Marchesseau pose ses bases en France.

La naturopathie ne s’inscrit pas dans une cosmologie mais elle est portée par une longue tradition de penseurs qui s’inspirent des principes observables de la nature. Le précepte «Vis Naturae Médicatrix» (C’est la Nature qui guérit) illustre sa philosophie.

La naturopathie repose sur 5 piliers :

L’holisme : la prise en compte de l’individu dans sa totalité (physique, émotionnelle, mentale, sociale…). Ici les rapports corps et esprit sont abordés de manière empirique, pas dans un système.

Le vitalisme : une force vitale « intelligente » anime la matière du vivant. Cette notion est commune à toutes les médecines traditionnelles (« Prana » Inde, « Qi » Chine…).

L’humorisme : les différentes maladies sont des manifestations diverses d’un mal dû à l’accumulation de déchets au niveau des humeurs. Les humeurs sont les liquides organiques qui irriguent le corps (sang, lymphe, liquide extracellulaire, liquide intracellulaire).

Le causalisme : chaque maladie a des causes dont seule la suppression permet le retour à la santé. « Cherchez la cause et supprimez-la. Puis cherchez la cause de la cause et supprimez-la. Puis cherchez la cause de la cause de la cause, et supprimez-la » (Hippocrate).

L’hygiénisme : c’est l’utilisation des techniques naturelles pour la prévention et les soins. 4 hygiènes de vie sont essentielles : alimentaire (bien se nourrir), émonctorielle (bien éliminer), physique et nerveuse (se reposer et se recharger), psycho-émotionnelle et mentale (se recentrer et s’harmoniser).

La naturopathie s’inspire donc de la nature pour comprendre l’être humain et son corps : le(s) tempérament(s) d’un individu sont le résultat d’une combinaison entre 4 éléments, 4 qualités et 4 humeurs.

LES 5 EXPERIENCES DU CORPS

Chaque culture porte sa vision du monde et du corps ; mais chaque être humain fait invariablement l’expérience de son corps sur 5 plans fondamentaux.

Le plan physique : chaque seconde quelques cent mille milliards de cellules s’activent dans notre corps et nous permettent de sentir, toucher, goûter, voir, entendre. Le corps physique fait mal ou donne du plaisir, il permet de faire l’expérience du monde.

Le plan émotionnel : une émotion traverse notre corps et nous agite avec douceur ou avec force, elle peut aussi échapper à notre conscience et s’installer. Les émotions colorent notre journée et nous rappellent à l’impermanence de la vie et à nos besoins fondamentaux.

Le plan mental : 60 000 pensées traversent notre esprit tous les jours, elles sont conscientes, souvent inconscientes, positives ou négatives, rationnelles ou intuitives. Elles sont le témoin de notre conscience, de notre réflexion et la mémoire de notre identité. Le mental peut nous tyranniser ou nous libérer, telle est la puissance de l’esprit.

Le plan énergétique : à un niveau subtil chaque inspiration, chaque rayon du soleil, chaque nutriment, chaque relation… nous énergise. La circulation énergétique dans le corps crée des nœuds, des picotements, des mouvements subtils, de la chaleur… Le plan énergétique est le moteur de la vie.

Le plan spirituel : “Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Ma vie a-t-elle un sens ?” Ces questions fondamentales traversent l’humanité. Au-delà des croyances religieuses et quelles que soient les réponses que nous apportions à ces questions, la dimension spirituelle est constitutive de notre existence.

Ce sont les 5 plans qui guident ma pratique et mon accompagnement thérapeutique.

Les semaines prochaines, nous approfondirons chacune de ces dimensions de notre corps l’une après l’autre.

 

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